On sait combien les physiciens ont de mépris pour les chimistes, qui leur rendent bien, d'ailleurs. Les premiers prétendent être les maîtres des lois générales, tandis que les seconds pensent que ces lois ne valent rien, sans cesse sapées par les faits expérimentaux, alors que leurs propres productions, à savoir des composés bien palpables, sont la réalité du monde, et, à ce titre, s'imposent bien plus que des élubrations théoriques.
On sait aussi combien certains chimistes ont des faiblesses mathématiques, tandis que nombre de physiciens ont une culture chimique quasi nulle.
Bref, la voie n'est ni la physique, ni la chimie, mais serait-elle la physico-chimie ? Là, on produirait des composés en connaissance des lois générales. Ou la chimico-physique ? Ce serait bien mieux : le savoir chimique serait mis au service d'une ambition grandiose. La chimie physique ? Pourquoi pas, s'il s'agit d'une activité de chimie (production de composés nouveaux) au service la physique (science de la nature, sous entendu matérielle). La physique chimique ? Il s'agirait de chercher les lois générales des corps considérés dans leur atomicité.
La 'Catachimie dépasse tout cela !
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samedi 23 septembre 2017
samedi 18 avril 2015
L'or des fées
Le petit Siegfried avait entendu parler de la "pluie d'or de Berzelius" : on mettait un peu d'iodure de potassium et de nitrate de plomb dans de l'eau. Puis on chauffait pour dissoudre le précipité. Au refroidissement, une pluie d'or devait apparaître. N'était-ce pas engageant ?
Il manigança pour obtenir de l'iodure de potassium : ce n'était pas le plus diffile. Mais le nitrate de plomb ? Le pharmacien ne voulait pas lui en donner : le plomb était toxique ! Le fabriquer à partir de plomb et d'acide nitrique ? Finalement, il en obtint une très petite quantité, avec force recommandations : attention à ne pas respirer la poudre, attention à ne pas la mettre en contact avec des aliments, la stocker dans un lieu sûr... Tout cela pour une pointe de couteau ? Rien que tenir le flacon en main le faisait frémir d'aise.
De retour dans sa cuisine, il suivit le protocole : autant d'iodure de potassium que de nitrate de plomb dans de l'eau, on chauffe, on refroidit. D'une simplicité qui faisait presque perdre de l'enthousiasme. Il ajouta les poudres dans l'eau, chauffa... et obtint une solution limpide comme de l'eau. Refroidir ?
Il se mit à rêvasser, en attendant... mais pas longtemps : il n'était exagérément contemplatif ! Et le limpide liquide restait limpide. Allons, cherchons pourquoi cette pluie d'or devait se former. Il savait, parce que cela lui semblait évident, confondant le savoir et l'hypothèse probable, que l'iodure de potassium libérerait des ions iodure et des ions potassium, que le nitrate de plomb libérerait des ions nitrate et des ions plomb. Mais pourquoi du nitrate de plomb se formerait-il en particulier ? Là, il lui fallut de l'air (vive internet) pour découvrir - je dis bien découvrir- que l'iodue de plomb se formerait, au détriment des autres espèces possibles, parce qu'il était soluble à chaud, mais très peu soluble à froid. Une fois le milieu dépouillé d'un peu d'iodure de plomb, un peu plus d'iodure de plomb se formerait, précipiterait, et ainsi de suite.
Au fait, "se formerait", "précipiterait"... Où en étant cette fameuse pluie ?
Revenant vers son verre, il regarda... et vit... de l'or ! Oui, dans l'eau, éclairée par le faisceau lumineux de sa lampe de bureau, il fit cette atmosphère particulière dans lesquelles les fées apparaissent, dans les représentations populaires. Mieux que les rais de lumière entre les arbres de la forêt, mieux qu'une pluie (qui avait jamais vu cela sous la forme d'une pluie), des paillettes dorées en suspensions, qui brillaient, qui brillaient...
L'enthousiasme de Siegfried était à un comble que l'attente avait encore grandi !
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