samedi 18 avril 2015

L'or des fées




Le petit Siegfried avait entendu parler de la "pluie d'or de Berzelius" : on mettait un peu d'iodure de potassium  et de nitrate de plomb dans de l'eau. Puis on chauffait pour dissoudre le précipité. Au refroidissement,  une pluie d'or devait apparaître. N'était-ce pas engageant ? 

Il manigança pour obtenir de l'iodure de potassium : ce n'était pas le plus diffile. Mais le nitrate de plomb ? Le pharmacien ne voulait pas lui en donner : le plomb était toxique ! Le fabriquer à partir de plomb et d'acide nitrique ? Finalement, il en obtint une très petite quantité, avec force recommandations : attention à ne pas respirer la poudre, attention à ne pas la mettre en contact avec des aliments, la stocker dans un lieu sûr... Tout cela pour une pointe de couteau ? Rien que tenir le flacon en main le faisait frémir d'aise. 

De retour dans sa cuisine, il suivit le protocole : autant d'iodure de potassium que de nitrate de plomb dans de l'eau, on chauffe, on refroidit. D'une simplicité qui faisait presque perdre de l'enthousiasme. Il ajouta les poudres dans l'eau, chauffa... et obtint une solution limpide comme de l'eau. Refroidir ? 

Il se mit à rêvasser, en attendant... mais pas longtemps : il n'était exagérément contemplatif ! Et le limpide liquide restait limpide. Allons, cherchons pourquoi cette pluie d'or devait se former. Il savait, parce que cela lui  semblait évident, confondant le savoir et l'hypothèse probable, que l'iodure de potassium libérerait des ions iodure et des ions potassium, que le nitrate de plomb libérerait des ions nitrate et des ions plomb. Mais pourquoi  du nitrate de plomb se formerait-il en particulier ? Là, il lui fallut de l'air (vive internet) pour découvrir - je dis bien découvrir- que l'iodue de plomb se formerait, au détriment des autres espèces possibles, parce qu'il était soluble à chaud, mais très peu soluble à froid. Une fois le milieu dépouillé d'un peu d'iodure de plomb, un peu plus d'iodure de plomb se formerait, précipiterait, et ainsi de suite. 

Au fait, "se formerait", "précipiterait"... Où en étant cette fameuse pluie ? 

Revenant vers son verre, il regarda... et vit... de l'or ! Oui, dans l'eau, éclairée par le faisceau  lumineux  de sa lampe de bureau, il fit cette atmosphère particulière dans lesquelles les fées apparaissent, dans les représentations populaires. Mieux que les rais de lumière entre les arbres de la forêt, mieux qu'une pluie (qui avait jamais vu cela sous la forme d'une pluie), des paillettes dorées en suspensions, qui brillaient, qui brillaient... 

L'enthousiasme de Siegfried était  à un comble que l'attente avait encore grandi ! 


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